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Par Boris Thiolay, Henri Haget, Olivier Saretta, l'Express, publié le 27/02/2009 15:55

L'hôtel d'Evreux (au centre), place Vendôme à Paris, a été acheté par l'émir du Qatar en 2003.

Photononstop/AFP

L'hôtel d'Evreux (au centre), place Vendôme à Paris, a été acheté par l'émir du Qatar en 2003.

Pour le tourisme ou les affaires, les Qataris adorent Paris. Immobilier de luxe, opérations financières, sponsoring sportif... ils investissent la capitale.

Un petit vent frisquet balaie les Champs-Elysées, cet après-midi de février. Emmitouflé dans une doudoune de marque, Fadi, 25 ans, fait quelques emplettes avec sa mère. Manteau long, foulard rehaussé de perles sur les cheveux, madame s'engouffre dans une boutique de luxe. "Nous sommes ici pour quelques jours, avec mes frères et soeurs, glisse le jeune homme. Nous descendons toujours au même hôtel, tout près d'ici." La conversation est rapidement interrompue par l'intervention d'un garde du corps, aux bras chargés de paquets. Une scène presque coutumière dans ce quartier chic: depuis quelques années, de nombreux ressortissants qataris, comme Fadi et sa famille, ont fait de Paris l'une de leurs destinations favorites. La Ville Lumière attire aussi bien les touristes fortunés que la famille de l'émir et les principaux groupes financiers du pays - ce qui revient parfois au même. Ces visiteurs, qui disposent de l'un des revenus par habitant les plus élevés au monde (48 900 euros par an), viennent goûter aux plaisirs de la culture, du luxe et du fameux "romantisme" made in France. Les hommes d'affaires, eux, investissent dans l'immobilier, l'hôtellerie quatre étoiles, le parrainage sportif, quand ils n'entrent pas dans le capital de grandes sociétés françaises. Alors que la Qatar Islamic Bank (QIB) doit ouvrir une succursale à Paris, l'année prochaine, quelques lieux privilégiés de l'Ouest parisien prennent déjà de faux airs de Doha-sur-Seine.

Bernadette Chirac et Son Altesse Cheikha Moza du Qatar, lors d'une exposition au Louvre à Paris en mars 2007.

REUTERS/Jacky Naegelen

Bernadette Chirac et Son Altesse Cheikha Moza du Qatar, lors d'une exposition au Louvre à Paris en mars 2007.

"Chez nous, les gens appellent les Champs-Elysées la ''route des Arabes du Golfe'", raconte, dans un français alerte, Talal, 21 ans, étudiant qatari en droit. L'été, les touristes de l'émirat prennent leurs quartiers dans les palaces voisins: George V, Fouquet's, Marriott, Crillon, etc. Dans ces établissements somptueux, où le prix d'une nuit peut atteindre 2500 euros, les clients bénéficient d'un confort et d'une confidentialité appréciables. "Ils se lèvent très tard, voire en début d'après-midi, car beaucoup d'entre eux sortent toute la nuit dans les cafés, restaurants et cabarets des alentours", confie l'employé d'un hôtel.

Des lieux emblématiques qui sont autant de vitrines prestigieuses

Le shopping haut de gamme est une autre partie intégrante d'un séjour réussi. Le péché mignon des Qataris? Les articles de mode (90 % des achats), l'horlogerie-joaillerie (3 %), les parfums et cosmétiques (2 %), selon une étude de Global Refund, une société spécialisée dans les transactions détaxées. "Il nous est arrivé de créer spécifiquement des parures pour bébé - diadème, boucles d'oreilles, bagues et bracelets - en or et pierres précieuses. Cela représentait quelques centaines de milliers d'euros", confie, en requérant l'anonymat, un cadre d'une des plus prestigieuses joailleries de la place Vendôme. "Attention! Croire qu'ils viennent seulement claquer leurs pétrodollars en frivolités serait une erreur, tempère un autre observateur, qui travaille avec des Qataris depuis dix ans. Ils sont très francophiles et beaucoup d'entre eux désirent acheter un logement ici."

Certains de ces pied-à-terre laissent rêveur. En 2003, l'émir du Qatar, Hamad ibn Khalifa al-Thani, a fait l'acquisition du splendide hôtel d'Evreux, place Vendôme, assorti de deux autres hôtels particuliers attenants. Prix estimé: 250 millions d'euros, sans compter les travaux en cours. Il y a deux ans, le frère de l'émir a, de son côté, racheté l'hôtel Lambert, propriété du baron de Rothschild, pour 80 millions d'euros. Cet hôtel particulier du XVIIe siècle est le plus beau joyau de l'île Saint-Louis. Des défenseurs du patrimoine s'inquiètent d'ailleurs du projet de rénovation prévu, qui pourrait porter atteinte à ce monument classé.

L'Hotel Lambert, situé rue Saint Louis en l'Ile, Monument historique classé sur l'Ile Saint Louis a été acquis par le frère de l'émir du Qatar.

HAMILTON/REA

L'Hotel Lambert, situé rue Saint Louis en l'Ile, Monument historique classé sur l'Ile Saint Louis a été acquis par le frère de l'émir du Qatar.

"Les Qataris mènent une sorte de diplomatie immobilière, poursuit notre observateur avisé. Ils investissent dans des lieux emblématiques, qui sont autant de vitrines prestigieuses." Déjà propriétaire de l'hôtel Royal Monceau, Qatari Diar, un fonds souverain de l'émirat, a également acheté l'ex-Centre international de conférences de l'avenue Kléber (XVIe arrondissement) à l'Etat français, pour 404 millions d'euros. En 2012, à la place de l'ancienne dépendance du ministère des Affaires étrangères, un hôtel de luxe, avec 200 chambres et suites, ouvrira ses portes. En attendant, le Parlement français a ratifié, le 19 février dernier, une convention fiscale exonérant les représentants de l'émirat d'impôts sur les plus-values immobilières et les gains en capital réalisés en France. Un privilège réservé jusqu'alors aux seuls ressortissants du Koweït.

Le sport, enfin, est l'une des grandes passions de l'émirat. Ainsi, le tour cycliste du Qatar, mitonné sur mesure par les organisateurs du Tour de France depuis six ans, dispose aujourd'hui d'une version féminine. Le 5 octobre dernier, le drapeau qatari flottait sur l'hippodrome de Longchamp, à l'occasion du Prix de l'Arc de triomphe. Dans un décor oriental, la présence du cheikh Mohamed ibn Faleh al-Thani, cousin de l'émir et président de la fédération équestre du Qatar, a quasiment éclipsé la victoire de Zarkava, pouliche prodige de l'Aga Khan. Pour la modique somme de 18 millions d'euros, l'émirat sera, jusqu'en 2012, le principal sponsor de l'épreuve reine du galop français, qui redevient la course sur gazon la plus richement dotée au monde. Arbitre des élégances parisiennes, le Qatar a même offert aux cent femmes les mieux habillées, ce jour-là, un séjour d'une semaine dans un palace de Doha.

Si, en 2010, le réalisme de nos voisins allemands les conduira à reposer la première pierre du château de Berlin, c'est parce qu'ils ont depuis longtemps compris que les monuments historiques sont bien autre chose que de simples "gadgets culturels" destinés à embellir le paysage... Générant des flux touristiques - et donc des flux économiques - le patrimoine est par excellence créateur d'emplois directs, et plus encore indirects, concourant ainsi grandement à l'enrichissement d'un pays.

C'est pourquoi - surtout dans la perspective du Grand Paris - la reconstruction du château de Saint-Cloud s'impose d'autant plus comme une évidence que, situé sur l'axe le plus touristique de la planète, l'axe
Paris-Versailles, et à seulement cinq kilomètres de la capitale de la France, ce château s'il existait encore, compte tenu de sa magnificence, serait l'un des plus visités du monde.

Aussi, s'inspirant des succès de deux chantiers de reconstruction autofinancée par les entrées payantes
des visiteurs, ceux de la frégate l'Hermione à Rochefort et du château fort de Guédelon dans l'Yonne,
notre association "Reconstruisons Saint-Cloud !" propose que la reconstruction du château de Saint-Cloud
soit effectuée grâce à l'adoption de ce modèle économique; lequel aurait pour avantage de permettre,
outre une reconstruction "gratuite" du monument, la création d'un musée vivant des métiers d'art.

De nombreuses photos
et des plans conservés

Les archives abondent pour reconstruire ce monument historique qui est l'un des édifices disparus les mieux connus.

Un mobilier pour l'essentiel sauvé

Le château pourrait donc retrouver en bonne partie son mobilier d'origine.

Un emplacement demeuré vierge

Depuis 1870, aucune construction n'a remplacé le château dont subsiste l'ensemble des fondations, soit 25 %.

Un parc de près de 500 ha
à 5 km de Paris


Desservi par l'autoroute de Normandie, le train, le tramway, le bus et le métro, le splendide parc de Saint-Cloud a été dessiné par Le Nôtre.

AP | 07.07.2009 | 18:59

Nicolas Sarkozy veut "la vérité" sur la mort des moines de Tibehirine. Au lendemain des révélations sur une éventuelle bavure de l'armée algérienne, 13 ans après le massacre, le président français a promis mardi de lever le secret défense "sur tout document que nous demandera la justice".

Le chef de l'Etat s'exprimait au lendemain de la publication du témoignage d'un ancien attaché militaire de l'ambassade de France, en poste à Alger entre 1995 et 1998. Entendu le 25 juin dernier par le juge d'instruction antiterroriste Marc Trévidic, le général François Buchwalter affirme que les sept religieux français enlevés en mars 1996 en Algérie sont morts lors d'une opération anti-islamiste de l'armée algérienne. Selon lui, les autorités françaises auraient été informées de cette "bavure" à l'époque mais auraient décidé de garder le silence.

"Je veux la vérité", a déclaré mardi Nicolas Sarkozy devant la presse, en se disant "vraiment déterminé à ce que la lumière soit faite". Selon lui, "il n'y a rien à cacher".

"Naturellement, je lèverai le secret défense sur tout document que nous demandera la justice", a promis le président de la République. "Il n'y a pas d'autre façon de faire la vérité", a-t-il souligné. "Les relations entre les grands pays, elles s'établissent sur la vérité, pas sur le mensonge", a considéré le chef de l'Etat.

Lundi, Nicolas Sarkozy avait simplement souhaité que "la justice fasse son travail", disant n'avoir "pas d'autre commentaire".

Le Parti socialiste a promis d'être "très attentif" à la mise en oeuvre de la promesse de Nicolas Sarkozy de lever le secret défense. L'assassinat des moines avait "ému la France entière", a rappelé Jean-Christophe Cambadelis, secrétaire national aux relations internationales dans un communiqué.

Si le témoignage du général Buchwalter "se révélait exact, cela impliquerait probablement que les autorités françaises et algériennes ont dissimulé les conditions dans lesquelles nos compatriotes ont été massacrés", a-t-il ajouté. "Le Parti socialiste, souhaite que toute la lumière soit faite sur ce drame et que la justice puisse aller jusqu'au bout".

Mardi matin, Alain Juppé, qui était Premier ministre en 1996, a dit n'en savoir "pas plus" que ce qui est écrit dans la presse. A l'époque, tout avait été mis en oeuvre pour obtenir la libération des moines enlevés par le GIA, a-t-il assuré sur France-Info. "Malheureusement, ces négociations ont échoué", a déploré le maire de Bordeaux. "Depuis lors, des rumeurs circulent sur l'origine de ce massacre".

Hervé de Charette, à la tête de la diplomatie française en 1996, a de son côté rejeté l'idée d'une commission d'enquête parlementaire sur la mort des sept moines. "Il n'y a pas d'affaire d'Etat en France", a jugé l'ancien ministre des Affaires étrangères sur LCI, en soulignant que le général Buchwalter avait fourni un témoignage indirect. "C'est l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a tué l'ours", a-t-il noté. "Personnellement, je suis porté à m'en tenir à la version la plus pratique, celle qui s'appuie sur des faits: le GIA a revendiqué ces événements".

A Alger, aucun responsable officiel, militaire ou civil, n'avait encore commenté mardi le témoignage du général Buchwalter, qui faisait les gros titres de la presse algérienne. "Les délires d'un général français", proclamait la "une" du quotidien francophone "El Watan".

Le quotidien "Liberté" pointait de supposées incohérences dans ses déclarations. Le général François Buchwalter dit avoir recueilli les confidences d'un ami algérien, saint-cyrien comme lui et dont le frère commandait une escadrille d'hélicoptères. D'après lui, les militaires algériens ont tiré sur un bivouac du GIA et "une fois posés, ils ont découvert qu'ils avaient tiré notamment sur les moines". Or, selon "Liberté", qui cite des sources militaires anonymes, les hélicoptères ne se poseraient jamais ainsi lors d'opérations commando.

Dans le même temps, la presse algérienne relève que ce témoignage semble écarter l'hypothèse défendue par certaines ONG et des observateurs: cette opération aurait été organisée par les services de sécurité algériens qui auraient voulu ainsi obtenir davantage de soutien dans leur lutte contre les islamistes du GIA.

Les sept moines avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 par un groupe armé d'une vingtaine d'hommes. L'action avait été revendiquée deux mois plus tard, le 21 mai, par le Groupe islamique armé (GIA) de Djamel Zitouni qui avait annoncé l'exécution des moines. Dix jours plus tard, les autorités algériennes annonçaient la découverte des dépouilles. En réalité, seules les têtes des religieux ont été retrouvées. AP

Nouvel Observateur


Jacques de Saint Victor: Le Figaro
19/05/2009 
La dernière page du manuscrit, qui en compte seize en tout, racheté par un collectionneur français. Louis XVI termine son message par ces mots : « Français, et vous surtout Parisiens, vous habitants d'une ville que les ancêtres de Sa Majesté se plaisaient à appeler la bonne ville de Paris, méfiez-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis, revenez à votre Roi, il sera toujours votre père, votre meilleur ami. Quel plaisir n'aura-t-il pas d'oublier toutes ses injures personnelles, et de se revoir au milieu de vous lorsqu'une Constitution qu'il aura acceptée librement fera que notre sainte religion sera respectée, que le gouvernement sera établi sur un pied stable et utile par son action, que les biens et l'état de chacun ne seront plus troublés, que les lois ne seront plus enfreintes impunément, et qu'enfin la liberté sera posée sur des bases fermes et inébranlables. A Paris, le 20 juin 1791, Louis.» (DR)
La dernière page du manuscrit, qui en compte seize en tout, racheté par un collectionneur français. Louis XVI termine son message par ces mots : « Français, et vous surtout Parisiens, vous habitants d'une ville que les ancêtres de Sa Majesté se plaisaient à appeler la bonne ville de Paris, méfiez-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis, revenez à votre Roi, il sera toujours votre père, votre meilleur ami. Quel plaisir n'aura-t-il pas d'oublier toutes ses injures personnelles, et de se revoir au milieu de vous lorsqu'une Constitution qu'il aura acceptée librement fera que notre sainte religion sera respectée, que le gouvernement sera établi sur un pied stable et utile par son action, que les biens et l'état de chacun ne seront plus troublés, que les lois ne seront plus enfreintes impunément, et qu'enfin la liberté sera posée sur des bases fermes et inébranlables. A Paris, le 20 juin 1791, Louis.» (DR)

Avant de fuir en juin 1791, le roi de France avait rédigé un texte pour se justifier. Le manuscrit, qui avait disparu, a été découvert aux États-Unis.

Il avait disparu depuis la Révolution française. Il se cachait dans une collection américaine où il vient d'être acquis par un Français, collectionneur de manuscrits anciens. Le testament politique de Louis XVI est une œuvre politique majeure, datant de la fuite à Varennes, dans la nuit du 20 juin au 21 juin 1791. Avant de partir, Louis XVI a probablement quelques scrupules. Il pense enfin pouvoir échapper à l'Assemblée constituante mais il ne veut pas quitter Paris sans laisser un document expliquant les raisons de sa fuite. Il entend s'adresser à son peuple. Aussi rédige-t-il cette Déclaration à tous les Français, un manuscrit de seize pages in quarto, qui deviendra, selon la tradition historique, son «testament politique» (à ne pas confondre avec le testament qu'il rédigera dans la prison du Temple avant de monter sur l'échafaud et qui est plus personnel et moral). Le roi demandera à La Porte, son intendant, de déposer le lendemain de sa fuite cette Déclaration sur le bureau du président de l'Assemblée, qui est alors Alexandre de Beauharnais. L'histoire se télescope : celui qui recueille le testament du dernier roi de l'Ancien Régime n'est autre que le premier époux de Joséphine, la future impératrice des Français ! Le monde est petit.

Dans ce texte long et parfois assez mal structuré, Louis XVI entend exprimer sa conception politique la plus profonde. Au moment de le rédiger, il se sent libéré des contraintes, des faux-semblants et des réserves qu'il a toujours dû s'imposer depuis le début de la Révolution. Il déclare même, au moment de partir, qu'«une fois le cul sur la selle, il serait tout autre». Se voyant déjà loin de Paris et de l'Assemblée, il livre sa véritable conception des événements révolutionnaires, depuis la réunion des États généraux, et exprime son idéal politique, une monarchie constitutionnelle avec un monarque puissant.

C'est donc un texte d'une portée considérable. Dans sa biographie de Louis XVI, Jean-Christian Petitfils, insiste à juste titre sur son caractère essentiel pour bien comprendre l'évolution de la pensée du monarque : «La plupart des historiens, écrit Petitfils à propos de la déclaration royale, ne lui ont pas donné l'importance qu'elle mérite. Ils l'ont soit négligée, soit hâtivement lue et commentée» (1). Son contenu n'était en effet pas ignoré des savants, dans la mesure où le texte a été reproduit dans de nombreux documents parlementaires, notamment les Archives parlementaires (publiées sous le Second Empire), mais l'original avait disparu. C'est lui qui vient enfin d'être retrouvé. Il ne fait aucun doute qu'il s'agit du document authentique. Son acquéreur, Gérard Lhéritier, président de la société Aristophil, une société qui achète des manuscrits anciens et propose ensuite à des collectionneurs de devenir en partie propriétaires de ces documents (tout en les conservant dans son Musée des lettres et manuscrits), insiste sur son caractère unique. «C'est une pièce exceptionnelle, vibrante d'histoire, que nos experts ont pu retrouver aux États-Unis.» Cette certitude est confirmée par des spécialistes de grand renom, comme Thierry Bodin, expert en autographes près la cour d'appel de Paris. Pour ce dernier, la paternité du document est évidente. «C'est la signature du roi et, surtout, il a été paraphé et signé par le président de l'Assemblée nationale, Alexandre de Beauharnais.» D'autant que la prise de Gérard Lhéritier est double. Il y a non seulement le document en lui-même mais un autre manuscrit de huit pages rédigées par le propre frère de Louis XVI, le comte de Provence, futur Louis XVIII. Ce texte avait été demandé par le roi à son frère peu de temps avant son départ, afin que celui-ci retrace les injustices subies par la famille royale depuis 1789. C'était une manière d'impliquer le comte de Provence dans le projet de fuite et le contraindre, par la même occasion, de quitter Paris le même jour (le roi craignait que son frère, qui n'avait pas toujours été tendre avec le couple royal, ne cherche à profiter de son départ pour se hisser sur le trône). Jugées trop agressives à l'égard de l'Assemblée, les remarques du comte de Provence ne furent pas toutes reprises par Louis XVI, qui commentera puis écartera ces huit pages.

 

Pièce à charge lors du procès du roi

Comment un tel trésor a-t-il pu s'évanouir dans la nature ? La plupart des historiens et des spécialistes avouent leur ignorance sur les circonstances de la disparition de ces documents capitaux. C'est un mystère digne du Da Vinci Code. Jean-Christian Petitfils rappelle que ce n'est pas le seul document officiel qui ait disparu sous la Révolution. Il suffit de songer, dans un autre registre, au vol des diamants de la Couronne. Selon Thierry Bodin, le document devait probablement avoir été conservé jusqu'au procès de Louis XVI qui s'ouvre en décembre 1792. «Il disparaît ensuite, sans laisser de trace.» Certains pensent qu'il aurait pu, au milieu du XIXe siècle, faire partie du fonds d'un collectionneur fameux, Étienne Charavay, mais il ne figure pas dans la vente des manuscrits de ce dernier. D'autres évoquent la possibilité qu'il ait été dans le fonds de Feuillet de Conches, autre collectionneur célèbre du XIXe siècle, qui a publié des Lettres et documents inédits de Louis XVI (1864-1873), mais où les documents les plus authentiques côtoient les faux les plus étonnants. Il faut se rendre à l'évidence : on ne sait pas comment le manuscrit a pu disparaître pour ensuite quitter le territoire. Son existence est signalée dans les années 1950, à l'occasion d'une vente Hennessy, mais le document original n'y figure pas. Puis on perd définitivement sa trace jusqu'à son acquisition aujourd'hui par la société Aristophil. Un mystère surprenant, alors même que ce texte a eu, dans la vie du monarque, un rôle on ne peut plus funeste.

Car la Déclaration fut en effet une des pièces à charge lors du procès du roi sous la Terreur. Ainsi, le rapport d'accusation, lu par Lindet le 10 décembre 1792, à la Convention, le cite précisément et l'utilise pour prouver la duplicité du roi et ses mauvaises intentions. «C'était sans doute le Manifeste destiné à plonger la France dans les horreurs de la guerre civile, écrit Lindet. (…) Son Manifeste du 20 juin atteste ses intentions hostiles ; il voulait le renversement de l'État, puisqu'il ne voulait ni les lois, ni la Constitution qu'il avait juré de maintenir» (2). Indéniablement, cette Déclaration a contribué à poser Louis XVI en ennemi de la Révolution. Mais que dit précisément le texte ? En réalité, le roi est loin d'avoir rédigé un brûlot contre-révolutionnaire. Il ne se résout certes pas à l'abaissement de la monarchie. Il juge que les réformes de l'Assemblée et l'attitude des clubs, «calomniateurs et incendiaires», ont porté atteinte à «la dignité de la Couronne de France». Il s'en prend notamment au refus, par l'Assemblée, de lui accorder un droit de veto absolu (il n'est que «relatif»), au poids excessif des comités de la Constituante, notamment le Comité des recherches qui exerce, selon le roi, «un véritable despotisme plus barbare et plus insupportable qu'aucun de ceux dont l'histoire ait jamais fait mention».

 

Le monarque n'avait jamais été aussi conciliant

Le roi critique aussi l'excessive décentralisation, la suppression de son droit de grâce, etc. Mais, sur le plan social, il se rallie pourtant à la révolution juridique de l'été 1789 ; il ne rejette plus l'abolition des ordres, comme dans sa Déclaration du 23 juin 1789. Il admet l'égalité civile et insiste même sur les réformes qu'il avait cherché à faire, notamment en 1787, en matière fiscale, afin que les privilégiés ne bénéficient plus d'exemptions indues. Il conclut, sur le ton de l'époque : «Français, et vous surtout Parisiens (…), revenez à votre roi ; il sera toujours votre père, votre meilleur ami.»

La rédaction du texte lui a pris à peu près quatre ou cinq mois de réflexion. Il y a travaillé seul, à l'insu de ses ministres, et il n'y associera son frère qu'à la dernière minute, le samedi 18 juin, comme en témoigne ce dernier. On sait comment tout cela finira. Son arrestation à Varennes va, comme le rappelle Mona Ozouf, se révéler fatale pour la monarchie (3). La déclaration du roi se montrera bien incapable de lui sauver la mise. Bien au contraire. Le prestige de la monarchie sera pour jamais terni par cette équipée malheureuse. Pourtant, comme le remarque à juste titre Jean-Christian Petitfils, ce testament politique de Louis XVI prouve que le roi n'avait jamais été aussi conciliant. C'est ce triste paradoxe que met en évidence le document laissé à l'Assemblée : «Jamais Louis XVI n'avait été aussi proche de la Révolution qu'en fuyant la capitale. Sur la route de Varennes, il était devenu un souverain constitutionnel, à la recherche, hélas, d'une impossible Constitution» (4). De toute cette histoire tragique, il ne reste plus aujourd'hui qu'un seul témoignage, ce manuscrit oublié.

(1) «Louis XVI», Perrin, 2005, p. 810.

(2) «Moniteur», tome XV, p. 715.

(3) «Varennes, la mort de la royauté (21 juin 1791)», Gallimard, 2008.

(4) «Louis XVI», op. cit., p. 815.





Mon Cousin [M. le duc de Bauffremont],
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis.

Les années passent et ne se ressemblent pas. Certaines sont plus joyeuses que d'autres. Le monde change mais certaines fidélités demeurent, telles que celle qui nous réunit pour le 216ème anniversaire de la mort du Roi Louis XVI.
Dans l’époque de crise que nous vivons, où beaucoup de fausses certitudes d’hier sont en train d’être remises en cause, quel beau symbole de voir que nous savons encore nous retrouver autour de valeurs. En effet, au-delà de la personnalité si attachante de Louis XVI, notre premier devoir est un devoir de mémoire et de fidélité aux valeurs et aux principes incarnés par la royauté française. Telle est aussi la Mission que se donnent toutes les associations, groupes et organismes qui, comme l’Institut de la Maison de Bourbon se sont voués à cet objectif et que je tiens à remercier pour leur inlassable activité.
Louis XVI par son sacrifice, mais aussi par sa vie qu’il a essayé de consacrer totalement au bonheur de son peuple reste pour nous tous un exemple. La lecture de son testament à la fois spirituel et politique doit toujours nous servir de méditation.
Rappelons nous ses ultimes paroles, invitation à la bienveillance et au pardon. Par delà la douleur et la solitude qui furent les compagnes de ses derniers jours, il nous a fermement invités, comme son fils à qui il s’adressait, à «oublier toute haine et tout ressentiment ». Nous devons méditer ses paroles empreintes de respect humain et de tolérance. Dans le monde si dur et souvent si plein de pessimisme dans lequel nous vivons, ce message nous éclaire et nous renforce.
Il doit nous encourager à conserver les repères que nous ont laissés nos aïeux, repères qui deviennent si importants au moment où le monde semble en manquer. Notre chance n’est elle pas de posséder une tradition vieille de mille cinq cents ans sur laquelle notre pays est construit ? Tradition qui s’incarne dans une famille dont j’assume actuellement les devoirs.
Aucun de nous ne sait ce que sera demain, mais nous savons, en revanche, tous que cet avenir sera ce que nous en ferons, sans place à la fatalité. Il est ce que notre volonté voudra qu’il soit. Tel était bien aussi le message de Louis XVI qui, en dernier ressort, s’en est remis à la France dont il souhaitait qu’elle retrouve le sens de ses valeurs et de sa tradition.
En ce début d’année, la Princesse Marie Marguerite, notre fille la Princesse Eugénie, et moi-même, nous vous assurons de tous nos souhaits pour notre Pays, pour vos familles et pour tous les Français éprouvés en grand nombre par les temps instables que nous traversons.
Que tous les saints de France, que saint Louis, continuent à protéger la France afin qu’elle demeure la grande et puissante nation édifiée par la sagesse et la patience des Capétiens.

Louis de Bourbon
Duc d’Anjou
18 janvier 2009


Bien qu’elle soit le berceau de leur religion, les chrétiens n’ont pas la vie facile en Terre sainte. Ils y sont de moins en moins nombreux. Hier, le pape les a exhortés à « rester ».

Philippe Baverel | 13.05.2009, 07h00

«En terre sainte, il y a de la place pour tous », a lancé Benoît XVI hier après-midi au cours de son homélie pendant la messe en plein air célébrée au pied du mont des Oliviers à Jérusalem. Le message est allé droit au coeur des chrétiens, qui sont de moins en moins nombreux, à peine 180 000 aujourd’hui (soit 2 % de la population), à vivre en Israël et dans les territoires palestiniens.

Exhortant ses fidèles à ne pas partir, le pape a souligné que la « décision d’émigrer a pour conséquence un véritable appauvrissement culturel et spirituel de Jérusalem ».
Pas facile en vérité d’être chrétien dans cette ville, pourtant berceau du christianisme, où cohabitent les trois religions monothéistes (judaïsme, christianisme et islam). A Jérusalem, les chrétiens constituent aujourd’hui une très petite minorité. « Et les autres nous le font bien sentir », soupire Nadine, 16 ans, venue avec sa mère, Aïda, et sa soeur, Nalina, 7 ans, assister à la messe papale. Cette famille catholique palestinienne vit dans le quartier musulman de Jérusalem. « Le Saint-Père nous donne la force de continuer », confie Aïda, 48 ans, qui garde des enfants. « Comme dit le pape, ici, il y a de la place pour tous, mais à condition que chacun respecte l’autre », renchérit sa fille, qui porte une croix au cou. Peu après, elle sort un petit drapeau palestinien de son sac à main et raconte la scène à laquelle elle dit avoir assisté : « Vous savez pourquoi il n’y avait pas de drapeau palestinien dans la foule ? La police israélienne a arrêté l’homme qui les distribuait. »

« Ici, il n’y a pas d’avenir pour les enfants »

« Le problème des chrétiens ici, c’est qu’ils se retrouvent pris entre les musulmans d’un côté et les juifs de l’autre », constate une religieuse de 75 ans qui tient à garder l’anonymat. « Si les familles chrétiennes partent, c’est parce qu’il n’y a pas d’avenir pour leurs enfants, à qui on ne propose que des emplois peu qualifiés. »
S’il s’est surtout adressé aux chrétiens lors de la messe hier après-midi, Benoît XVI n’a pas oublié pour autant musulmans et juifs. Avec les premiers, le chef de l’Eglise catholique qui se rend aujourd’hui dans les territoires palestiniens à Bethléem a visité (en retirant ses chaussures) le dôme du Rocher. Avec les seconds, il s’est recueilli devant le mur des Lamentations, dans lequel il a glissé, comme le fit avec beaucoup d’émotion Jean-Paul II il y a neuf ans, un petit billet plié portant le texte de sa prière. Mais, à la différence de son prédécesseur, Benoît XVI, toujours très réservé dans ses gestes, n’a pas touché le mur du temple érigé il y a deux mille ans.

 

Le Parisien

Laurent Giovannoni, secrétaire général de la Cimade : DR Le ministre confie à six associations l'assistance juridique des étrangers en rétention. Protestations de celle qui en avait l'exclusivité. Éric Besson, ex-socialiste et ministre de l'Immigration, a décidé d'en finir avec le monopole qu'exerçait la Cimade (service oecuménique d'entraide) auprès des immigrés enfermés dans les centres de rétention. Jusqu'à présent, leur assistance juridique était assurée par cette seule association qui, par ailleurs, se montre très critique à l'égard de la politique d'immigration du gouvernement. « Diffamation » Le 10 avril, après avoir lancé un appel d'offres, le ministère annonce les six associations retenues : la Cimade, l'Ordre de Malte, Forum Réfugiés, le Collectif Respect, France Terre d'Asile et l'Assfam. Pour la Cimade, « cette opération vise à diminuer ou à faire disparaître l'exercice effectif des droits des étrangers en rétention, considéré par le gouvernement comme un obstacle à ses objectifs d'expulsions ». Le 20 avril, le juge des référés du Tribunal administratif de Paris, saisi par la Cimade, suspend la signature du contrat, le temps de statuer « au plus tard le 7 mai 2009 ». Finalement la justice a tardé, l'audience est prévue mercredi. Éric Besson n'a pas jugé utile d'attendre. Il a signé, dimanche, l'attribution du marché, invoquant « une urgente nécessité », car la mission doit commencer le 2 juin. Son seul souci, assure-t-il, est d'assurer « la continuité de l'accompagnement des étrangers ». Fureur de Laurent Giovannoni, le secrétaire général de la Cimade, qui dénonce des « méthodes de voyou », « un bras d'honneur à la justice ». En réplique, Éric Besson parle de porter plainte pour « diffamation » et sème le doute : « Le président de la Cimade m'a déclaré que l'aide aux étrangers en rétention représentait 25 % de ses activités et 75 % de ses revenus. Ce qui explique probablement une bonne partie de la tension actuelle. »
Non-respect des droits fondamentaux" des étrangers, "des personnes malades qui ne reçoivent pas les traitements adéquats", "des violences policières", " des séparations de famille"... L'association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) dénonce, dans son bilan 2008, les conditions d'accueil des étrangers dans la zone d'attente de l'aéroport de Roissy.

Dans ce rapport annuel publié début mai, l'Anafé, une association créée en 1989 qui regroupe 22 organisations et syndicats, parle d'une "inhumanité" de traitement dans ce lieu d'enfermement où les étrangers sont "souvent perdus et épuisés". Elle pointe plus particulièrement le sort "des mineurs isolés qui se retrouvent perdus au milieu d'adultes" et note que les conditions de leur maintien en zone d'attente "constituent en elles-mêmes une mise en danger des mineurs isolés".

LE DROIT D'ASILE À LA FRONTIÈRE, UNE "ILLUSION" À ROISSY

Ainsi, les mineurs âgés de plus de 13 ans ne sont pas séparés des adultes, "en violation" de la Convention internationale des droits de l'enfant, et les mineurs âgés de moins de 13 ans sont hébergés dans un hôtel éloigné "dans des conditions opaques", selon l'association. Ils y subissent, selon l'Anafé, "la menace de renvoi" mais aussi des "violences policières". L'association relève que les mineurs sont souvent refoulés avant d'avoir pu voir un juge des libertés, qui intervient seulement après quatre jours de maintien en zone d'attente.

Plus généralement, l'Anafé affirme que les droits de tout étranger maintenu en zone d'attente, soit parce qu'il n'est pas admis sur le territoire français, soit parce que son transit a été interrompu ou enfin parce qu'il est demandeur d'asile, lui sont "très rarement notifiés". L'association qualifie également le droit d'asile à la frontière "d'illusion", affirmant notamment qu'à Roissy "la police refuse tout simplement d'enregistrer" la demande d'asile de certains étrangers (au moins 39 refus en 2008).

Contactée par l'AFP, la direction de la police aux frontières n'avait pas réagi dimanche à ce rapport.


L'écrivain franco-libanais publie un nouvel essai dans lequel il dénonce l'épuisement simultané des civilisations arabo-musulmane et occidentale par Amin Maalouf

Le Nouvel Observateur. - Vous reprochez au monde arabo-musulman l'indigence de sa conscience morale et à l'Occident sa propension à transformer la sienne en instrument de domination. Ces deux civilisations ont- elles atteint leurs limites ?
Amin Maalouf. - Je suis effectivement très critique à l'égard de ces deux «aires de civilisation» auxquelles j'appartiens. Le monde arabo-musulman traverse une crise si profonde, si traumatisante qu'il ne semble plus capable d'avoir un comportement éthique cohérent. Dans de nombreux pays, on observe des pratiques vexatoires, discriminatoires, parfois ouvertement racistes contre les travailleurs immigrés, les minorités ethniques ou religieuses, certaines catégories de la population, sans que cela suscite de véritable indignation hors d'un petit cercle de personnes éclairées. On aurait pu s'attendre à ce que la croyance religieuse aiguise le sens moral. Mais c'est souvent l'inverse qui se produit. Comme si, en proclamant sa foi, on pouvait se dispenser d'avoir également des valeurs «civiles». Ma critique de l'Occident se situe à un autre niveau. Les valeurs, il en parle sans arrêt. On le croirait constamment engagé dans la lutte pour la liberté, la démocratie, les droits de l'homme. Mais trop souvent il utilise ces notions de manière sélective, quand cela lui convient; il les brandit comme des armes dans sa lutte contre ses adversaires, puis il les escamote soigneusement lorsqu'il traite avec ses alliés, ses protégés, ses clients ou ses fournisseurs. De ce fait, la crédibilité morale devient, à notre époque, une denrée rare. L'Occident en a de moins en moins, et le reste du monde n'en a pas beaucoup.


N. O. - Vous écrivez que l'une des conséquences les plus néfastes de la mondialisation est d'avoir mondialisé les communautarismes. Comment s'immuniser aujourd'hui contre le poison des identités figées et meurtrières ?
A. Maalouf. - A l'époque qui est la nôtre, mettre en avant son appartenance religieuse est une manifestation de particularisme mais également une forme d'internationalisme, puisqu'on transcende ainsi les frontières politiques, ethniques, raciales et autres. C'est dans ce sens qu'on pourrait parler de «tribalisme planétaire». Une réalité paradoxale, née de la conjonction entre deux bouleversements majeurs qui ont façonné notre monde au cours des dernières décennies, à savoir la révolution informatique, qui a favorisé chez nos contemporains une vision globale des choses, et la faillite du communisme, qui a modifié l'atmosphère intellectuelle globale au profit des doctrines identitaires, notamment celles qui s'adossent à la religion.
C'est là, de mon point de vue, une évolution inquiétante, et qu'il ne sera pas facile de contrer dans les années qui viennent. Il faudrait néanmoins s'atteler à bâtir une nouvelle conception de l'identité qui soit plus conforme aux exigences de notre époque; une conception qui intègre la dimension religieuse, mais aux côtés de plusieurs autres facteurs d'appartenance; et qui permette à chaque personne d'assumer les diverses composantes de son identité - ses nationalités, ses langues, ses croyances - sans se sentir constamment sommée de choisir.

Le débat sur l'identité est si délicat que l'on préfère souvent l'esquiver - en France, en Europe et ailleurs. Mais le non-dit est un territoire d'ombre où se développent des monstres. Nous sommes face à un problème majeur de notre temps, et notre génération a le devoir d'en débattre avec sérénité, pour élaborer des solutions. En particulier, il est important que l'on puisse distinguer ce qui constitue les valeurs essentielles d'une société, et qui doit être commun, de ce qui relève de la diversité culturelle, et qui a vocation à demeurer disparate.
N. O. - Pour vous, le dérèglement du monde passe par la crise générale de la légitimité politique, idéologique et religieuse. Elle touche aussi bien le monde arabe que l'Occident. Pourquoi ?
A. Maalouf. - Il y a deux crises de la légitimité, qui sont de nature différente, mais qui contribuent ensemble au dérèglement. La première concerne le monde arabe, qui ne se reconnaît plus dans ses gouvernants, et où une partie significative de la population éprouve de la sympathie pour des mouvements militants que le reste du monde considère comme des hors-la-loi. On peut obtenir sa légitimité soit en remportant des élections libres, soit en s'identifiant aux combats de son peuple. Je ne connais pas beaucoup de chefs d'Etat arabes qui répondent à l'un ou l'autre de ces critères. Il fut un temps où les Arabes se reconnaissaient dans leurs dirigeants, tel le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Ce n'était pas un âge d'or, mais les foules ne se trouvaient pas alors dans une logique de désespoir. S'agissant de l'Occident, le problème ne se situe pas sur le même plan. Le président des Etats-Unis est parfaitement légitime dans son pays; mais, dans la mesure où il joue un rôle de «suzerain planétaire», il est normal que l'on se demande : «De quel droit ?» Dans un monde parvenu à un haut degré d'interdépendance globale, une telle question ne peut être occultée. Même si elle se pose avec moins d'insistance lorsque la Maison-Blanche est occupée par un homme comme Barack Obama envers lequel les autres nations n'éprouvent pas d'hostilité.
N. O. - Vous exprimez dans votre livre «la colère d'un minoritaire d'Orient». Qu'est-ce qui vous inquiète et vous révolte le plus ?
A. Maalouf. - Nous avons assisté ces dernières années à l'anéantissement d'une présence chrétienne en Irak qui datait d'environ dix-huit siècles sans que cela suscite dans le monde une grande indignation. Il se fait que je viens moi-même d'une communauté minoritaire, mais ce n'est pas cela qui explique ma colère. Le sort des minorités n'est pas seulement un problème pour les minoritaires; pour toute société humaine, il constitue, avec le sort des femmes, l'un des révélateurs les plus sûrs de l'avancement moral ou de la régression. Un monde où toute personne peut s'exprimer dans la langue de son choix, professer paisiblement ses croyances et assumer sereinement ses origines sans subir l'hostilité ni le dénigrement, que ce soit de la part des autorités ou de la population, c'est un monde qui avance, qui progresse, qui s'élève. A l'inverse, lorsqu'il devient chaque jour un peu plus difficile d'être sereinement soi-même, de pratiquer librement sa langue ou sa foi, comment ne pas parler de régression ?
N. O. - Pour vous, c'est d'abord auprès des immigrés en Occident que la grande bataille de notre époque doit être menée. Quel rôle peuvent-ils jouer vis-à-vis de leur pays d'origine et de leur pays d'accueil ?
A. Maalouf. - Si le monde se voit partagé aujourd'hui en «civilisations» rivales, c'est d'abord dans l'esprit des immigrés, hommes et femmes, que ces «civilisations» s'affrontent. Et c'est effectivement auprès d'eux que la bataille sera gagnée ou perdue. Ou bien l'Occident parviendra à les reconquérir, à retrouver leur confiance, à les rallier aux valeurs qu'il proclame, faisant d'eux des intermédiaires éloquents dans ses rapports avec le reste du monde; ou bien ils deviendront son plus grave problème. Les migrants devraient être encouragés à jouer pleinement leur rôle d'«interface», véhiculant dans les deux sens des compétences, des idées, des expériences, des sensibilités, des valeurs. Pour cela, ils devraient pouvoir appartenir pleinement à leur société d'origine comme à leur société d'accueil sans se sentir constamment sommés de choisir. De mon point de vue, l'un des facteurs indispensables à cette double appartenance se situe au plan linguistique. Un migrant a le devoir d'étudier et de pratiquer la langue de son pays d'accueil, mais il devrait également être encouragé à ne pas oublier la langue de son pays d'origine, et à la transmettre à ses enfants. C'est souvent parce que sa langue est déconsidérée, y compris par lui-même, qu'un immigré met en avant d'autres aspects de son identité.
En Europe, et notamment en France, on se montre parfois moins compréhensif envers les appartenances linguistiques qu'envers les appartenances religieuses, alors que celles-ci font peser de nos jours sur les chances d'intégration une menace bien plus lourde. On va même jusqu'à inciter les immigrés à s'organiser sur une base communautaire, une politique dont la sagesse m'échappe, moi qui viens du Liban et qui ai pu observer ma vie entière les effets pernicieux du communautarisme.

 

Amin Maalouf

Ecrivain, né au Liban, Amin Maalouf est l'auteur de nombreux livres dont «Léon l'Africain», «le Rocher de Tanios» (prix Goncourt 1993) et «Origines». Son précédent essai, «les Identités meurtrières», a remporté un vif succès. Il publie la semaine prochaine «le Dérèglement du monde. Quand nos civilisations s'épuisent» chez Grasset.

 

Gilles Anquetil, François Armanet
Le Nouvel Observateur

(arabe : أمين معلوف [amīn maʿlūf]) est un écrivain franco-libanais né le 25 février 1949 près de Beyrouth.

Sommaire

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Biographie [modifier]

Deuxième enfant d'une famille qui en compta quatre, il est issu d'une famille originaire du village de la montagne du Liban du nom de l'EL Ain Kabou. Il épouse Andrée, une institutrice pour enfants sourds, avec laquelle il a trois enfants : Ruchdi, Tarek et Ziad.

Ses parents étaient originaire d'un village du Mont Liban du nom de EL Ain Kabou. Ils s'étaient mariés au Caire en 1945, où Odette, sa mère, était née d'un père chrétien maronite, émigré en Egypte, et d'une mère née en Turquie. Le père d'Amin, Ruchdi, était de la communauté catholique grecque Melkite. Un de ses ancêtres était un prêtre dont le fils s'est converti pour devenir un pasteur presbytérien.

Le fils du pasteur (le père de Maalouf) était un "rationaliste, anticlérical, probablement un franc-maçon, qui a refusé de baptiser ses enfants". Tandis que la branche protestante de la famille a envoyé ses enfants aux écoles britanniques ou américaines. La mère de Maalouf était une catholique dévouée qui a insisté pour l'envoyer à l'école française des jésuites. Il a étudié la sociologie à l'université française de Beyrouth. Rédacteur au quotidien en arabe An Nahar, il couvre notamment la prise de Saïgon. Voyant les atrocités de la Guerre du Liban il s'exile à Paris en 1976 où il devient rédacteur en chef de Jeune Afrique. Il se consacre désormais entièrement à l'écriture.

Les romans de Amin Maalouf sont marqués par ses expériences de la guerre civile et de l'immigration. Ils sont caractérisés (entre autres) par des voyageurs ambulants entre les terres, les langues, et les religions. Dans son livre "Les Identités meurtrières", il s'indigne des comportements humains lorsque l'affirmation de soi va si souvent de pair avec la négation de l'autre. De philosophie humaniste, Amin Maalouf est convaincu que l'on peut rester fidèle aux valeurs dont on est l'héritier, sans pour autant se croire menacé par les valeurs dont d'autres sont porteurs.

Œuvre [modifier]

Romans [modifier]

Essais [modifier]

Livrets d'opéra [modifier]

Préfaces [modifier]

  • Pour une éducation bilingue : Guide de survie à l'usage des petits européens, Anna Lietti (Petite Bibliothèque de Payot, 1981)
  • De la Divination, Cicéron (Les Belles Lettres, 1992)
  • Le Prophète, Khalil Gibran (Le Livre de Poche, 1993)

Liens externes [modifier]

Wikipedia
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