Jean-Louis Borloo aurait annoncé la suspension de la commercialisation des semences.
Qui aurait imaginé il y a six mois qu’un gouvernement de droite allait peut-être geler les cultures OGM en France ? Personne. Et c’est pourtant peut-être ce qui va se passer. Lundi, Jean-Louis Borloo, à la tête du ministère de l’Ecologie et de l’Aménagement Durable (Medad), aurait annoncé à un groupe de parlementaires que «les OGM étaient incontrôlables» et qu’il fallait probablement s’acheminer vers «un gel de la commercialisation des semences» jusqu’à l’adoption d’une nouvelle loi, rapporte Le Monde du 21 septembre. C’est ni plus ni moins ce qui ressortait déjà des réunions précédentes ( Libération du 11 septembre).
Borloo n’en est pas à sa première sortie sur les organismes génétiquement modifiés. En août, le super-ministre avait promis l’adoption d’une nouvelle loi sur les OGM, ainsi que la création d’une Haute autorité indépendante pour en évaluer les risques. Le Grenelle met une telle pression sur le gouvernement qu’il faut bien lâcher du lest. Et quoi de plus symbolique - et médiatique - que les cultures génétiquement modifiées pour sortir glorifié de l’événement ?
«Machiavélique». Les déclarations de Borloo font grogner jusqu’à Bruxelles. Car depuis l’adoption de la directive européenne sur la dissémination des OGM, en 2001, la Commission estime qu’aucun pays ne peut s’opposer à leur culture. A moins d’apporter des éléments nouveaux sur la dangerosité des plantes. Or, l’UE considère que les plantes autorisées - surtout du maïs Monsanto 810 - ne sont pas dangereuses. «
Il y a des possibilités très concrètes pour décider de ce gel », analyse Apoteker. «
Il faut faire jouer la clause de sauvegarde présente dans la directive, qui permet à un Etat de suspendre la culture d’un OGM autorisé, à condition qu’il y ait de nouveaux éléments qui remettent en cause son innocuité .» L’Autriche, l’Allemagne et la Hongrie se sont déjà engagés dans cette voie. Au delà, les ONG restent vigilantes. «
Ça fait un moment qu’on sentait que le gouvernement pouvait fléchir sur les OGM , assure Christian Berdot, des Amis de la Terre,
mais ce sera pour mieux imposer les agrocarburants industriels, pour mieux refuser de diminuer les quantités de pesticides… » «
On peut voir cette sortie sur les OGM comme quelque chose de machiavélique, mais on ne va pas le regretter au prétexte qu’on risque de perdre autre chose », tempère Jean-Paul Besset, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot.
Par Laure Noualhat
QUOTIDIEN : vendredi 21 septembre 2007