Dictionnaire de vie à l'usage des princes et princesses de cœur et de rang.
Jacques Attali est un des fondateurs de Slate.fr. Economiste, écrivain, éditorialiste à l'Express, Président de Planet Finance. Il est l'auteur de nombreux essais et romans dont récemment La Crise et après ?
La première réforme suppose d'étaler la dette des plus pauvres, (en particulier pour ceux qui ont emprunté pour leur logement et qui sont hyperendettés) même si c'est au détriment des bonus et des dividendes des actionnaires et des dirigeants des banques.
La seconde réforme suppose d'organiser la restauration des fonds propres des banques. Cela ne peut se faire que par les contribuables, qui doivent devenir les actionnaires des banques et bénéficier des profits ultérieurs. Pour y parvenir, le cantonnement des mauvaises dettes dans une banque de défaisance serait techniquement difficile (quel périmètre? Quel prix?) et politiquement scandaleux (pourquoi mettre les pertes à la charge des contribuables en laissant les bénéfices aux actionnaires?) Il faudra donc nationaliser les principaux systèmes bancaires, au moins provisoirement et gérer, avec la structure de passif actuel, l'extinction des bilans des banques d'investissement.
Si les Chinois et les pays du Golfe financent encore le déficit américain (mais où pourraient-ils placer leur épargne autrement?), cela devrait suffire pour permettre une amélioration progressive de la valeur de certains actifs discrédités, la renaissance du marché du crédit et, à terme de deux ou trois ans, la relance de l'économie mondiale.
Il faut ensuite se donner un nouveau projet, alors qu'on ne fait pour l'instant que de recopier les recettes du passé.
Une fois la dette réduite, la croissance nouvelle ne pourra être durable que si elle ne s'en remet pas aux mêmes vieille solutions, en particulier si elle ne passe pas par la relance de grands travaux sortis des fonds de tiroir, et si on limite la dette publique au financement des investissements dans les biens publics mondiaux : l'eau, l'air, la terre et l'énergie.
L'humanité n'est forte que quand elle comprend qu'elle affronte une pénurie, et qu'elle en tire les conséquences pour y apporter une réponse. Et comme la crise de 1929 n'a pu être résolue que par la mise en place des infrastructures électriques permettant le développement de l'industrie des biens d'équipements ménagers, la crise actuelle ne sera dépassée que quand seront mises en place les infrastructures nécessaires aux exigences environnementales de demain. Tel devrait être l'objet de la prochaine réunion du G20.
Il faut enfin organiser autrement les institutions de la planète, alors qu'on ne pense encore aujourd'hui qu'à sauver celles qui existent
On ne peut avoir une globalisation du marché, sans globalisation de l'état de droit. Et rien ne prépare à cette globalisation de l'état de droit : Américains et Européens ne pensent qu'à maintenir l'ordre actuel, fait de non dit, d'institutions factices et d'immenses zones de non-droit. On ne peut pas attendre beaucoup de la prochaine réunion du G20, à Londres, lieu principal de la fraude fiscale et de la dérégulation financière. Elle s'annonce comme une réunion d'Alcooliques Anonymes dans un bar à vin.
Et pourtant, ce qui est à faire est assez simple : fusionner le G8 et le Conseil de sécurité, en y admettant les principales grandes puissances du Sud. Mettre les institutions financières internationales sous la tutelle de ce Conseil de Sécurité rénové, en charge de mettre en place une véritable réglementation planétaire, pour contrôler les hedge funds et modifier les règles de Bâle sur les capitaux des banques. Et s'en servir pour organiser la relance de la production des biens publics mondiaux.
A terme, le monde sera organisé autour d'une nouvelle coalition de nations, partageant la charge de ces enjeux et non autour d'une seule, comme c'est le cas aujourd'hui.
A moins que, une fois de plus, un vainqueur surgisse, celui qui maitriserait seul les nouvelles technologies de l'avenir. Les technologies vertes décideront de la prochaine superpuissance. Le monde a intérêt à ce qu'elles soient également partagées.
(Photos : L'ouragan Ivan par J.Descloitres, MODIS (NASA), et Bourse de Francfort par Travel aficionado)