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PARIS (Reuters) - Comme Edouard VII et Emile Loubet scellèrent l'Entente cordiale en 1904, Nicolas Sarkozy se rend à Londres avec l'ambition de jeter les bases d'une "nouvelle fraternité" franco-britannique, qui devrait se traduire plus prosaïquement par un rapprochement dans le nucléaire civil.
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Nicolas Sarkozy, qui entend s'inscrire dans les pas du général de Gaulle, sera "à la hauteur" de l'honneur consenti par le royaume britannique, qui n'accueille que deux visites d'État par an, souligne-t-on dans son entourage.
La reine Elizabeth II et le prince Philip, duc d'Edimbourg, ont convié le couple présidentiel au château de Windsor, privilège rare qui fut notamment accordé à Ronald Reagan, au président sud-africain Thabo Mbeki ou encore au roi de Jordanie.
Selon la presse britannique, la reine, 81 ans, se serait froissée de la rapidité de la visite d'État française, réduite à deux jours alors que l'usage prévoit trois à quatre jours. Ainsi, The Observer : "il faudra à Sa Gracieuse Majesté tous ses talents de diplomate pour les accueillir avec le sourire".
Les tabloïds du royaume, qui vouent à Nicolas Sarkozy un intérêt tout autant politique que "people", entre amusement et agacement, se sont faits l'écho des craintes de la cour que Windsor et Buckingham Palace ne deviennent le "décor d'exception du prochain épisode du 'soap opera' du président français".
"J'espère qu'il y aura de la substance et... de belles photos!", résume en souriant un diplomate britannique.
Carla Sarkozy n'est-elle pas présentée comme "Sarkozy's chargé d'affaires" - "le chargé d'affaires de Nicolas Sarkozy"- dans la livraison d'avril du magazine GQ (Gentlemen's Quaterly)?
À l'inévitable dimension "people" de la visite, ne serait-ce que par l'apparat déployé, s'ajouteront des enjeux diplomatiques pour lesquels les deux parties nourrissent de fortes ambitions.
"Sommes-nous capables d'inventer ensemble une nouvelle fraternité franco-britannique pour le XXIe siècle? Voilà le sens de la visite", dit-on dans l'entourage du président français.
"Le message sera très clair : rapprochement et coopération renforcée", confirme-t-on côté britannique avec pragmatisme.
COOPÉRATION NUCLÉAIRE
Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique Gordon Brown tiendront leur premier sommet jeudi dans le cadre inhabituel du stade d'Arsenal, au nord de Londres.
Présidence française de l'Union européenne, turbulences financières, réforme des institutions internationales, dossiers de politique étrangère (Chine, Iran, Darfour, Tchad, Kosovo...), mais aussi défense et nucléaire domineront ces entretiens, qui devraient déboucher sur une déclaration commune "substantielle".
Les divergences ne manquent pas entre Paris et Londres dans le sphère européenne (règle de l'unanimité, politique agricole commune, adhésion de la Turquie...) mais on souligne à l'Élysée la volonté de Nicolas Sarkozy de "transformer ces différences en complémentarités" et de s'affranchir de la relation exclusive franco-allemande, qui "n'est pas suffisante".
La défense des 27, où les investissements britanniques et français représentent 40% des dépenses, constitue l'axe de convergence entre Paris et Londres, qui plaident pour l'accroissement des capacités d'intervention de l'UE.
Le Royaume-Uni considère par ailleurs d'un bon oeil le projet de Nicolas Sarkozy d'"une participation constructive" de la France au sein l'Otan, dont elle a quitté les structures intégrées de commandement en mars 1966.
Mais le sujet de la défense, comme tout ce qui a trait à l'UE, est délicat en Grande-Bretagne, où la ratification du traité de Lisbonne, signé sans enthousiasme par un Gordon Brown bien moins europhile que Tony Blair, suscite de vifs débats.
On évoque côté français "des rapprochements dans l'industrie de l'armement", mais il reste toujours à définir le degré de partenariat franco-britannique pour la construction d'un deuxième porte-avions à propulsion nucléaire, le "grand frère" du Charles-de-Gaulle, un projet de quelque 2,5 milliards d'euros suspendu aux contraintes budgétaires françaises.
C'est dans le nucléaire civil que les perspectives de coopération s'avèrent pour l'heure les plus prometteuses. La presse britannique affirme qu'un accord de coopération sera signé jeudi, une hypothèse que les deux parties n'infirment pas.
Le gouvernement britannique, qui possède le plus vieux parc nucléaire occidental, à l'origine de 18% de l'électricité produite, a donné son feu vert en janvier à la construction de nouvelles centrales nucléaires, sans aides d'Etat. Les entreprises françaises Areva, EdF, Alstom sont sur les rangs.