Dictionnaire de vie à l'usage des princes et princesses de cœur et de rang.
| Les echos |
[ 10/12/08 ]
Officiellement, les douze heureux récipiendaires du prix Nobel, qui recevront leur prix ce soir en queue de pie à Stokholm et à Oslo, ont chacun leur pré carré. Il y a la physique, la chimie, la littérature et la paix depuis plus d'un siècle. Et puis l'économie, un peu à part puisqu'elle n'est pas distinguée à proprement parler par un Nobel, mais par un prix « institué en mémoire d'Alfred Nobel » depuis près d'un demi-siècle. Et pourtant... On pourrait croire que les jurés des Nobel, qui ont annoncé leurs prix début octobre, en pleine crise financière, ne pensaient qu'à l'actualité économique en décernant leurs prix. Il y a deux ans, ils s'étaient déjà emmêlé les pinceaux en décernant le prix de la paix à l'économiste Muhammad Yunus.
Cette fois-ci, celui de médecine a été attribué à des spécialistes des virus, dont les Français Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi, qui ont travaillé sur le sida. Or le virus du sida ressemble diablement au « subprime » parvenant à s'insérer dans l'ensemble de la finance mondiale pour l'affaiblir au point de la tuer. Le prix de chimie distingue des chercheurs qui ont montré le rôle de la protéine fluorescente verte. Cette protéine est un marqueur génétique, ce type de marqueur qui a tant manqué dans la crise pour savoir qui était atteint par le virus du « subprime ». Le prix de physique, lui, a été attribué à des théoriciens des particules. Ils ont montré le rôle central de la symétrie brisée (sans laquelle la matière n'aurait pas pu exister). Or c'est bien la symétrie brisée entre prêteurs et emprunteurs qui est à l'origine de la crise !
Le prix de la paix récompense l'ancien président finlandais Martti Ahtisaari de ses efforts pour « résoudre les conflits internationaux », ces conflits qui pourraient bien naître du krach, comme le montrent des signes avant-coureurs de guerre des changes ou de pulsions protectionnistes. Le prix d'économie va à Paul Krugman pour ses travaux sur « la localisation de l'activité économique » - un excellent thème au moment où cette activité semble se volatiliser. Enfin, le prix de littérature couronne Jean-Marie Le Clézio, auteur du fameux « Désert », où les liquidités ont bien évidemment disparu. Au fond, cette proximité n'est guère surprenante. Car Alfred Nobel lui-même avait fait sa fortune avec un produit qui a joué un rôle central dans notre crise économique et financière : la dynamite.