Politique
jeudi 11 décembre 2008
Les Droits de l'homme à l'épreuve du pouvoir
« Rama Yade a fait ce qu'elle a pu », affirme Bernard Kouchner. : Reuters
Bernard Kouchner s'interroge sur l'utilité d'un secrétariat d'État, mais défend Rama Yade.
On aurait pu rêver meilleur sujet de polémique, pour le 60
e anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme. Dans une interview au
Parisien, Bernard Kouchner, figure emblématique de la lutte pour les droits de l'homme et ministre des Affaires étrangères, déclare, un brin désabusé :
« Je regrette d'avoir demandé la création d'un secrétariat d'État aux droits de l'homme. » Car, reconnaît-il,
« il y a une contradiction permanente entre droits de l'homme et politique étrangère d'un État ». Embarrassé par la visite en France du colonel Kadhafi, l'ex
french doctor était parti opportunément en Colombie. Plus récemment, il a mené une mission européenne au Congo, qualifiant la situation de
« pire génocide ». Mais il a dû en rabattre devant l'opposition des Européens à une intervention militaire humanitaire.
Cet écartèlement, Rama Yade l'a connu aussi. On se souvient de son coup de gueule à propos de Kadhafi :
« La France n'est pas un paillasson sur lequel un dirigeant peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. ». Elle avait été convoquée par le secrétaire général de l'Élysée.
« Rama a fait avec talent ce qu'elle a pu », dit d'elle, aujourd'hui, Bernard Kouchner.
La secrétaire d'État estime avoir un bilan positif :
« Contre le recrutement des enfants soldats (dix-sept pays s'y engagent), contre les violences faites aux femmes (un projet de lignes directrices européennes), pour la dépénalisation de l'homosexualité (un projet qui rallie soixante pays à l'Onu). La France doit montrer qu'elle est et reste la patrie des droits de l'homme. » Pas facile de la croire quand les enfants de sans-papiers sont arrêtés dans les écoles ou leurs parents, quand ils viennent se faire régulariser. À peine nommée, Rama Yade s'était rendue sur les lieux d'une expulsion d'un squatt, en Seine-Saint-Denis, ordonnée par une municipalité communiste. Premier avertissement venu de Matignon.
Le secrétariat d'État demeurera-t-il dans un prochain gouvernement ? Est-ce pour cette raison que Nicolas Sarkozy incite Rama Yade à prendre la tête de la liste UMP aux élections européennes de juin 2009, en Ile-de-France ? Femme de caractère, Rama Yade a dit non, dimanche, en direct à la télévision. S'attirant cette réplique de Roger Karoutchi, un ministre proche de l'Élysée :
« Quand le président de la République le demande, on ne peut dire non. » Et si c'était aussi cela, la rupture ?
Didier EUGÈNE.Ouest France