Dictionnaire de vie à l'usage des princes et princesses de cœur et de rang.
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David occupe dans l'histoire de l'art français une place prépondérante non seulement en raison de sa valeur personnelle, mais encore en considération de l'influence énorme qu'il exerça durant toute la première moitié du XIXè siècle.
Les dispositions dont, très jeune, il témoigna pour la peinture, décidèrent sa mère à le placer chez Boucher, auquel l'unissaient quelques liens de parenté. Mais celui-ci, déjà fort âgé, ne voulut pas se charger de l'éducation artistique de ce jeune élève et lui conseilla Vien pour professeur. Il entra dans l'atelier de celui-ci en 1769 et deux ans après concourut pour le prix de Rome. L'Académie lui décerna le premier prix, mais Vien, que son élève n'avait pas avisé de son intention de concourir, en fut tellement froissé qu'il usa de toute son influence pour faire infirmer ce jugement. L'Académie, par déférence pour le désir du maître, sacrifia l'élève et lui attribua seulement un second prix ; David tenta l'épreuve l'année suivante, mais n'obtint aucune mention. Son désespoir en fut tel qu'il songea à se tuer, puis voulut renoncer à la peinture. Le poète Sedaine le décida à persévérer. En 1773, nouvel échec, nouvel accès de découragement, mais enfin en 1774, David obtint, avec Les Amours d'Antiochus et de Siratonice, ce premier prix qu'il ambitionnait si ardemment.
Il partit avec Vien qui venait d'être nommé directeur de l'Ecole de Rome. Il resta dans cette ville jusqu'en 1780 et fut, à son tour, agréé à l'Académie, puis reçu membre, en 1783.
La Révolution déchaîna chez lui un enthousiasme républicain auquel l'on doit son beau dessin du Serment du Jeu de paume. Mais son exaltation politique lui fit à peu près complètement abandonner son art. Il proposa à la Convention la suppression de l'Académie de Rome et vota la mort de Louis XVI.
Arrêté à deux reprises, il passa sept mois à la prison du Luxembourg, où il peignit l'unique paysage de son œuvre. Nommé membre de l'Institut par le Directoire, il y connut le général Bonaparte qui voulut l'emmener avec lui en Egypte. Mais David, alors absorbé par son tableau Les Sabines, refusa cette offre. Lorsque Napoléon eut été sacré empereur, il nomma David son premier peintre et lui confia le soin d'exécuter son portrait et de reproduire divers épisodes de son règne.
A la chute de l'Empire, David chercha à se faire oublier, mais il avait pris une part trop active à la période révolutionnaire pour que les Bourbons lui pardonnent. Condamné à l'exil, il gagna la Belgique, se fixa à Bruxelles et y peignit quelques portraits et nombre de toiles dont les sujets étaient empruntés aux scènes les plus banales de la mythologie. Il mourut en 1825. Le gouvernement français s'opposa à ce que ses cendres fussent ramenées à Paris et il fut inhumé en grande pompe à l'église Sainte-Gudule de Bruxelles.
Considéré au point de vue de son talent artistique, David fut un grand maître, mais ne fut pas le peintre génial que l'on a voulu faire de lui. Son dessin correct, mais froid, ne suffit pas à compenser un manque total de sentiment, une ampleur théâtrale et sans expression et une couleur parfois assez peu heureuse. On a, par contre, beaucoup trop médit de son influence. Certes, il a créé un mouvement de renaissance antique qui fut intéressant et les sujets qu'il traitait avec talent, sans leur donner de la vie, sont devenus, sous le pinceau de certains de ses imitateurs, de mauvais décors de théâtre. Mais il faut noter qu'il a inauguré la réaction contre l'art précieux et mièvre du XVIIIè siècle. En ce faisant, il a été en quelque sorte le précurseur de l'école de 1830, et parfois même, dans certaines de ses toiles, notamment dans L'assassinat de Marat et dans Les derniers moments de Michel Lepelletier, on trouve en lui une tentative de peinture réaliste. Il a voulu mettre la peinture au service de ses idées révolutionnaires, pouvant ainsi se définir comme "peintre engagé", mais en même temps, il voulait admirer l'art de l'Antiquité romaine. Il en résulte des œuvres, pour la plupart froides, qui ont été très vite démodées, et aussi, plus rarement, des œuvres saisissantes comme Marat assassiné. C'est avec une plus grande liberté qu'il fit des portraits, et dans son art, c'est ce qu'il a le mieux réussi. Il a donné à ses personnages, Madame Séruziat, Madame Récamier, pour ne citer que ceux-là, une fraîcheur, une simplicité, une impression de vie qui ne se retrouvent nulle part ailleurs dans son œuvre. (...)