Écrit par AlloCine le 25/05/2008 - 19h19 - Catégorie : News Cantet premier de la classe ! Et dire que Thierry Frémaux et son équipe ont failli ne pas sélectionner
Entre les murs (1) ! On serait passé à côté de la première Palme d'or française depuis
Sous le soleil de Satan de
Maurice Pialat en 1987... Le jury du 61e Festival de Cannes, présidé par
Sean Penn, vient en effet d'annoncer que la Palme d'or était attribuée au quatrième long métrage de
Laurent Cantet.
Adaptation du roman homonyme, très remarqué, de
François Bégaudeau,
Entre les murs raconte le quotidien d'un jeune prof de français d'une classe de 4e dans un collège difficile. La transposition d'un tel ouvrage nécessitait un méthode particulière : après avoir décidé de faire jouer le rôle du prof à Bégaudeau lui-même, le réalisateur a organisé des ateliers, permettant à la fois de choisir les élèves-acteurs et d'élaborer les scènes avec eux. Le résultat : un film intelligent et généreux sur l'enseignement, d'une grande justesse, ni naïf ni donneur de leçons. Comme dans ses films précédents,
Ressources humaines,
L'Emploi du temps et
Vers le sud,
Laurent Cantet articule l'intime et le social pour aller au plus près de l'humain.
Petit flack-back sur une
success story : une semaine avant sa projection,
Entre les murs, acheté par plusieurs pays, faitd éjà un malheur au Marché du film. Vendredi, première projection de presse, longuement applaudie : les demandes d'interviews affluent, les attachés de presse sont débordés mais heureux. Samedi, les 24 élèves ados, les professeurs, le personnel administratif, qui jouent dans le film montent les marches pour la présentation du film en Sélection Officielle. Ovation à la fin de la séance. On se dit alors que ce film-coup de coeur des festivaliers ne devrait pas repartir bredouille... Mais on n'ose rêver à la récompense suprême, la rumeur dimanche évoquant plutôt un Prix spécial pour l'ensemble des comédiens.
Car côté pronostics, toute la Croisette plaçait très haut le film d'animation
Valse avec Bachir... qui est ce soir le grand absent du palmarès. Le chouchou de la presse française depuis le début du festival,
Un Conte de Noël, lui, est présent, mais à travers un Prix du 61e anniversaire décerné à
Catherine Deneuve pour l'ensemble de sa carrière. Epatante en mère un peu cruelle dans le film de
Desplechin, l'actrice a fait une nouvelle preuve de son exigence et son audace, puisqu'elle était également à Cannes à l'affiche de
Je veux voir, voyage dans un Liban en ruines, présenté à Un Certain Regard. Ce prix du 61e anniversaire est remis ex aequo à
Clint Eastwood, également pour l'ensemble de sa carrière. La Palme d'or échappe donc une nouvelle fois au grand Clint -il est vrai que
L'Echange n'avait pas convaincu tous ses fans.-mais cette récompense est une belle manière pour
Sean Penn de saluer l'homme qui l'avait dirigé dans
Mystic river.
Autre fait notable : 100% de réussite pour le cinéma italien, dont les deux représentants se retrouvent au palmarès -et pas à n'importe quelle place :
Gomorra de
Matteo Garrone (photo ci-dessus, à droite), évocation de la Mafia qui fit forte impression, décroche le très convoité Grand Prix, tandis que
Il Divo de
Paolo Sorrentino (photo ci-dessus, à gauche), portrait du sulfureux Président du Conseil Giulio Andreotti repart avec le Prix du Jury. Pour les Prix d'interprétation, pas de grande surprise côté masculin : avant même le début du festival, beaucoup donnaient
Benicio del Toro gagnant pour sa composition du Che dans le
film-fleuve de Soderbergh. En revanche, chez les filles, on attendait l'actrice argentine
Martina Gusman, et c'est finalement une autre Sud-américaine,
Sandra Corveloni, la mère (courage) des quatre garçons de
Linha de passe qui est primée.
Habitué du festival, lauréat du Grand Prix du jury pour
Uzak,
Nuri Bilge Ceylan repart cette fois avec le Prix de la Mise en scène -un choix difficilement contestable, tant
Les Trois singes est une oeuvre formellement impressionnante. Et à propos d'habitués, les Frères
Dardenne peuvent compléter leur collection : après avoir décroché deux Palmes d'or et permis à leurs comédiens d'obtenir des Prix d'interprétation, ils reçoivent cette fois le Prix du scénario pour
Le Silence de Lorna. Des cinéastes qui, comme la plupart de ceux qui sont primés ce soir (à commencer bien sûr par Laurent Cantet), correspondent incontestablement aux profil défini au début du festival par
Sean Penn : "
être très conscient du monde qui l'entoure".
Julien Dokhan