(AFP/PATRICK HERTZOG.)
Christine Lagarde, la ministre de l'Economie, n'a pas caché sa joie hier en annonçant une croissance de 2,1 %, supérieure aux prévisions. L'investissement et les exportations ont relayé la consommation. Mais l'avenir s'annonce plus morose.
C'EST UNE SACREE surprise tant les prévisions de croissance n'avaient cessé d'être revues à la baisse. Alors que la plupart des économistes tablaient sur une progression du produit intérieur brut
de seulement 1,8 %, l'Insee a révélé, hier, que la croissance de l'économie française a été, en réalité, de 2,1 % en 2007.
« On s'est beaucoup moqué de moi quand j'ai dit que nous ferions au moins 2 % », s'est félicitée, hier, Christine Lagarde, la ministre de l'Economie, mais ce résultat est supérieur « à la
fourchette basse de nos prévisions ».
Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, la ministre a également confirmé que la croissance avait été d'un « gros 0,6 % » au premier trimestre 2008. Epinglant au passage le pessimisme de la
commission de Bruxelles à propos de la croissance en France. Comment expliquer cette bonne santé de l'économie française ?
Y a-t-il eu un effet Tepa ? Hier, l'Elysée, Matignon et Bercy vantaient les mesures du paquet fiscal (heures supplémentaires défiscalisées, crédit d'impôt sur les intérêts immobiliers...)
voté en août et dont Bercy estime le gain à 0,3 % de croissance. S'ils n'excluent pas que la politique du gouvernement ait pu atténuer les effets d'une conjoncture défavorable (flambée du
pétrole, euro fort...), certains experts doutent, pourtant, que ces mesures aient vraiment gonflé le pouvoir d'achat des Français. Pour l'instant du moins. « La preuve, insiste Alexander Law,
chef économiste chez Xerfi, c'est que depuis le début de l'année les dépenses des ménages n'ont progressé que de 0,1 %. Quant aux investissements immobiliers, ils ont carrément stagné.
» L'investissement et l'exportation, relais de la consommation. La consommation des Français étant à l'arrêt, c'est donc des entreprises qu'est venu le salut. « Confrontées, en France
comme à l'étranger, à une concurrence de plus en plus forte, elles n'ont pas d'autre choix que de réaliser des gains de productivité et de se développer », analyse Nicolas Bouzou, patron du
cabinet Asterès. Outre le fait que la croissance française a largement bénéficié de la vigueur de l'économie allemande, Christine Lagarde a par ailleurs rappelé, hier, que les créations d'emplois
(328 000) et de sociétés (plus de 320 000) n'ont jamais été aussi nombreuses qu'en 2007. De plus, les investissements consentis par les entreprises tricolores sont en forte hausse : après avoir
déjà augmenté au dernier trimestre 2007, ils ont encore progressé de 1,2 % depuis le début de l'année. Un coup d'accélérateur auquel l'augmentation du crédit d'impôt recherche, à compter du 1er
janvier, n'est sans doute pas étrangère. A Bercy, on estime que cette mesure génère « 0,05 % de croissance ».
Embellie ou redémarrage ? Reste maintenant à confirmer cette embellie. Ce qui n'est pas gagné. Même si, hier, Bercy jugeait raisonnable l'objectif de 1,8 % de croissance pour cette année,
François Fillon ne confessait-il pas, récemment, que « le plus dur » était encore à venir ? La faute, notamment, à la crise financière aux Etats-Unis. « Elle n'est pas encore derrière nous,
prévient Alexander Law. Il suffit de voir ce qui est arrivé au Crédit agricole cette semaine pour se rendre compte que la France est loin d'être immunisée. » En visite hier à Bruxelles, Dominique
Strauss-Kahn, directeur du FMI, reconnaissait d'ailleurs que la crise allait encore peser sur l'activité économique pendant « plusieurs trimestres ». Le resserrement des conditions de crédit
notamment n'est pas de nature à encourager les chefs d'entreprise. Ces derniers risquent en effet d'y réfléchir à deux fois avant d'emprunter pour essayer de se développer. « Il y a donc une
vraie incertitude sur la croissance, affirme Mathieu Kaiser, analyste chez BNP Paribas. Celle-ci devrait ralentir, peut-être même dès le deuxième trimestre. » CQFD.
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